France.Artinfo.com, 2012

La Triennale, essai sur un XXIe siècle riche de questionnements politiques sur la représentation

by Juliette Soulez, 2012

On a envie de voir la triennale « Intense Proximité », mais aussi de la revoir et d’y retourner encore. Pourquoi ? Parce que c’est enfin une grande manifestation d’art contemporain française qui évoque notre monde aujourd’hui en sortant d’un marché de l’art ethnocentré. Un parcours introduit d’ailleurs, au Palais de Tokyo, par le graffiti « Fear eats the soul » de l’Américaine Rirkrit Tiravanija, une citation tirée du film « Tous les autres s’appellent Ali » de Fassbinder. L’artiste ayant aussi inauguré l’événement avec la distribution d’une soupe thaïlandaise au Grand Palais le 7 avril dernier. Quelques autres lieux se sont associés au Palais de Tokyo : Béton Salon, le musée Galliera, le Crédac, les laboratoires d’Aubervilliers et le musée du Louvre.
Et voici que le commissaire général et directeur artistique de la Triennale est enfin un intellectual brillant : l’Américain d’origine nigériane Okwui Enwezor, historien de l’art et directeur de la Haus der Kunst de Munich. Accompagnée d’un catalogue des textes essentiels qui ont nourri la réflexion d’Okwui Enwezor et de ses quatre co-commissaires

français – Emilie Renard, Mélanie Bouteloup, Abdellah Karroum et Claire Steabler – la Triennale présente des artistes de tout continent dont les œuvres ont pour point commun un questionnement politique de la représentation. Et en rupture totale avec ce qu’avait pu être la Force de l’art, son prédécesseur, la Triennale montre un état de la création mondiale, avec un grand nombre d’artistes étrangers, du Brésil à la Roumanie. L’occasion pour le public français de découvrir un grand nombre d’artistes de tout un pan de l’histoire récente de l’art contemporain encore trop peu représenté.
Si la Triennale présente d’emblée des documents ethnographiques, notamment ceux de Claude Levi-Strauss, c’est parce qu’elle met en abyme de manière critique ces documents via les œuvres présentées dans l’exposition. Aussi Okwui Enwezor annonce-t-il dans le catalogue : « Le projet (…) part des structures esthétiques et épistémologiques que l’on peut associer à la forme ethnographique, ce système d’analyse qui recourt à un style, un angle ou une poétique d’observation pour examiner les différents registres des phénomènes culturels, sociaux et naturels ».  (…)

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